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L’open source de l’IA est devenu chinois, et personne en Europe n’a voté pour

Trois milliards de téléchargements en six mois pour une seule famille de modèles, celle d’Alibaba. Quatre cent dix-huit millions pour ceux de Google. Deux cent vingt-sept millions pour ceux de Meta. Ces chiffres figurent dans le rapport « State of Open Models » publié par Hugging Face le 14 août 2026. Ils décrivent un basculement qui s’est produit sans annonce, sans décision politique et sans débat public en Europe.

Alexis Daguenet · 12/09/2026 · THÈSE-HS-2026-013 · 5 min de lecture

L'open source de l'IA est devenu chinois, et personne en Europe n'a voté pour

La mesure est convergente

Ce n’est pas une source isolée. Une analyse publiée en avril 2026 établissait déjà que la famille Qwen représentait plus de 50 % des téléchargements mondiaux de modèles ouverts, avec 153,6 millions de téléchargements pour le seul mois de février. Sur la plateforme d’agrégation OpenRouter, les modèles chinois ont consommé 34 250 milliards de jetons sur la semaine du 3 au 9 août 2026, dépassant les modèles américains pour la quinzième semaine consécutive. MIT Technology Review rapportait dès février 2026 que les dérivés de Qwen représentaient plus de 40 % des nouvelles variantes publiées, contre environ 15 % pour ceux de Llama.

L’écart se lit aussi en taille. Le plafond mensuel des modèles ouverts publiés par des laboratoires chinois s’est situé entre 754 et 2 780 milliards de paramètres ; celui des laboratoires américains est resté sous 130 milliards cinq mois sur sept. Kimi K3, publié par Moonshot AI le 16 juillet 2026, atteint 2 800 milliards de paramètres : c’est le plus grand modèle à poids ouverts jamais publié.

Le prix fait le reste

DeepSeek V4, publié le 24 avril 2026 sous licence MIT, coûte 1,74 dollar par million de jetons en entrée. Son concurrent américain le plus proche en coûte 5. En sortie, l’écart est de 3,48 dollars contre 30. Pour une collectivité ou une PME qui traite des volumes, ce n’est pas un détail de négociation : c’est un rapport de un à neuf.

L’éditeur affirme n’accuser qu’un retard de trois à six mois sur les meilleurs modèles fermés. Le rapport AI Index 2026 de Stanford donne un ordre de grandeur cohérent : l’écart de performance entre meilleurs modèles américains et chinois est tombé à 2,7 %, contre 17,5 à 31,6 points en mai 2023.

Quatre raisons, dont une contrainte

Cette domination n’est pas un accident. Elle combine quatre logiques.

Une logique de normes : diffuser une architecture, c’est imposer des conventions techniques — formats de quantification, formats d’appel d’outils, tokenisation — que l’écosystème finit par adopter par défaut.

Une logique commerciale : le modèle est gratuit, l’inférence hébergée est payante, et l’entreprise capte la clientèle qui a d’abord expérimenté sans rien payer.

Une logique politique : le Conseil des affaires de l’État chinois a publié en août 2024 un projet encourageant les universités à valoriser les contributions open source dans l’évaluation académique.

Et une contrainte : privés d’accès aux accélérateurs de dernière génération par les contrôles américains à l’exportation, les laboratoires chinois ont un intérêt objectif à maximiser la diffusion de leurs modèles. Cela leur rapporte des retours d’usage, des dérivés et une influence sans coût d’infrastructure supplémentaire.

Deux précautions de lecture

Les téléchargements ne sont pas des déploiements. Le même rapport de Hugging Face établit que 85,6 % des dépôts comptent moins de 200 téléchargements cumulés, et que 1,5 % des dépôts concentrent 99,2 % des téléchargements. Plus significatif encore : les modèles de moins d’un milliard de paramètres représentent 83 % des téléchargements cumulés, et ceux de plus de 100 milliards seulement 1 %. La mesure est largement dominée par de petits modèles utilitaires, sans rapport avec la frontière technologique.

Et les parts d’usage sur OpenRouter varient fortement selon les périodes et les périmètres retenus : les publications de 2026 avancent des valeurs allant de 30 % à plus de 60 %. À notre connaissance, personne ne mesure la part réelle des modèles chinois, américains et européens dans les systèmes de production des entreprises et des administrations européennes. C’est l’un des angles morts les plus gênants du dossier.

Ce que cela veut dire pour l’Europe

Le point à retenir n’est pas « les modèles chinois sont partout ». Il est que la couche la plus mobile de la chaîne — celle où une position se reconquiert en mois et non en décennies — a changé de main pendant que l’Europe débattait de son cadre réglementaire. Cette couche peut être reconquise. Elle ne le sera pas par décret.

Ce qui nous ferait changer d’avis

Cette thèse est classée consolidée quant à la direction du basculement, et explicitement fragile quant aux niveaux précis. Elle tomberait si un laboratoire non chinois reprenait et conservait, pendant deux trimestres consécutifs, la première place à la fois en téléchargements et en jetons consommés sur les principales plateformes. Elle serait fragilisée si des données d’entreprise établissaient que les mesures de téléchargement ne sont pas représentatives des déploiements réels — hypothèse plausible que les chiffres de concentration rendent d’ailleurs crédible.

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Prompt image associé

Photographie en couleurs froides, esthétique reportage technologique. Gros plan légèrement en contre-plongée sur une armoire de brassage réseau : faisceaux de fibres optiques de couleurs vives sortant de panneaux sombres, diodes d’état floues en arrière-plan, profondeur de champ très courte. Aucune personne, aucun visage, aucun logo, aucune étiquette lisible. Composition dense, quasi abstraite. Style macro industriel. Pas de texte intégré.

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