HORS-SÉRIE · RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE · ANALYSE NEXUS

Décarboner pourrait éviter 10 000 à 30 000 morts par an. Et personne ne le compte dans le coût de la transition.

Dans une grande agglomération française, un pneumologue voit passer chaque hiver les mêmes patients : enfants asthmatiques, personnes âgées essoufflées, insuffisants cardiaques que les pics de particules fines fragilisent. Il sait d’où viennent ces particules : du chauffage au fioul, du trafic diesel, des chaudières. Autrement dit, des mêmes combustibles fossiles qui réchauffent le climat. Il ne fait pas de politique climatique. Il en constate l’absence.

Nexus · 05/08/2026 · THÈSE-HS-2026-005 · 3 min de lecture

Décarboner pourrait éviter 10 000 à 30 000 morts par an. Et personne ne le compte dans le coût de la transition.

C’est la thèse la plus contre-intuitive du hors-série Nexus, et l’une des plus importantes : la décarbonation n’est pas seulement un coût consenti pour le climat de 2050. Elle produit des bénéfices immédiats, mesurables, en vies humaines et en dépenses de santé — des co-bénéfices que le débat public oublie systématiquement de mettre en face des milliards investis.

Les chiffres en jeu

Environ 40 000 décès anticipés par an sont liés en France à la pollution de l’air issue des combustibles fossiles. Le rapport retient, sur la base des études disponibles, qu’une atténuation ambitieuse — électrification des transports, sortie du fioul et du charbon, rénovation thermique — réduirait cette mortalité de 10 000 à 30 000 décès par an. Les économies de santé associées sont estimées entre 10 et 30 milliards d’euros par an à l’horizon de dix ans.

Ce n’est pas un bénéfice lointain. La qualité de l’air répond en quelques années à la baisse des émissions, là où le climat répond en décennies. Autrement dit, la même politique rapporte deux fois : une fois tout de suite, pour la santé ; une fois plus tard, pour le climat.

Pourquoi on ne le compte pas

Parce que les budgets sont cloisonnés. Le ministère qui paie la rénovation thermique n’est pas celui qui économise sur les hospitalisations. Les évaluations socio-économiques des projets de transport intègrent rarement la mortalité évitée. Et les co-bénéfices sont diffus : ils n’ont ni ligne budgétaire ni lobby. Résultat, le coût de la transition est toujours visible, ses gains presque jamais.

Ce que ça change concrètement

Nexus propose que toute évaluation d’une mesure climatique — nationale ou territoriale — intègre obligatoirement une estimation de ses effets sanitaires, selon une méthode commune fixée avec Santé publique France, et que ces effets soient publiés à côté du coût. Sur cette base, les 25 à 30 milliards d’euros publics annuels nécessaires à la trajectoire changent de nature : une partie substantielle serait compensée par des dépenses de santé évitées.

Et si on se trompait ?

La thèse est classée « hypothèse de travail ». Elle serait réfutée si des études de Santé publique France, entre 2027 et 2030, ne trouvaient pas de co-bénéfice significatif, ou si la décarbonation déplaçait la pollution au lieu de la réduire — par exemple si les substitutions énergétiques créaient d’autres émissions nocives.

La fourchette retenue est large, et c’est volontaire : Nexus ne prétend pas connaître le chiffre exact. Mais entre 10 000 et 30 000 vies par an, l’incertitude porte sur l’ampleur du bénéfice, pas sur son existence.