HORS-SÉRIE · RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE · ANALYSE NEXUS

50 000 morts par canicule depuis 2003. Et le réchauffement reste traité comme un risque futur.

Août 2003. Dans une ville moyenne du Centre, une femme de 81 ans vit seule au dernier étage d’un immeuble sans isolation. Le thermomètre de sa cuisine dépasse 35 °C pendant onze jours. Ses voisins sont en vacances. Elle fait partie des quelque 15 000 personnes mortes cet été-là en France. Vingt ans plus tard, ses petits-enfants entendent encore parler du réchauffement climatique comme d’une menace « pour les générations futures ».

Nexus · 15/07/2026 · THÈSE-HS-2026-002 · 3 min de lecture

50 000 morts par canicule depuis 2003. Et le réchauffement reste traité comme un risque futur.

Le rapport hors-série Nexus prend cette formule au mot et la confronte aux données de Santé publique France et de l’INSERM : environ 50 000 décès cumulés ont été attribués aux vagues de chaleur en France entre 2003 et 2023. Le réchauffement n’est pas un risque à venir. C’est une cause de mortalité documentée, aujourd’hui.

Une mortalité qui se répète

L’été 2003 a été traité comme une catastrophe exceptionnelle. Il ne l’était pas. Les trois épisodes caniculaires de 2022 ont provoqué environ 7 000 décès supplémentaires ; ceux de 2023, environ 5 000. Les vagues de chaleur ne sont plus des accidents : elles reviennent, plus tôt, plus longues, et frappent toujours les mêmes personnes — les plus de 75 ans, les malades chroniques, les ménages modestes logés dans les 30 % de logements français classés passoires thermiques.

À cette mortalité directe s’ajoute une mortalité que l’on ne rattache presque jamais au climat : environ 40 000 décès anticipés par an sont liés à la pollution de l’air issue des combustibles fossiles. Les mêmes énergies qui réchauffent le pays empoisonnent ses villes. Et les épisodes de chaleur aggravent la formation d’ozone, ce qui cumule les deux effets.

Des conséquences qui débordent la santé

Le moustique tigre est désormais implanté dans plus de 70 départements, avec les maladies vectorielles qu’il transporte. Environ la moitié des 18-25 ans déclarent une forme d’éco-anxiété. Les services d’urgence, déjà en tension, absorbent chaque été des pics d’admissions liés à la chaleur. Le système de santé paie déjà le réchauffement ; il ne le comptabilise simplement pas sous ce nom.

Ce que ça change concrètement

Nexus propose de traiter la chaleur comme un risque sanitaire majeur, au même titre que la grippe ou la pollution : un plan canicule qui ne se limite pas à l’alerte mais organise la protection des personnes vulnérables, la rénovation prioritaire des passoires thermiques occupées par des personnes âgées, la climatisation raisonnée des établissements médico-sociaux et des écoles, et une attribution systématique et publiée des décès liés à la chaleur.

L’enjeu n’est pas seulement humanitaire. Chaque décès attribué, chaque hospitalisation évitée, chaque journée de travail perdue mesure ce que coûte l’inaction — et ce que rapporterait l’action.

Et si on se trompait ?

La thèse est classée « consolidée ». Elle serait réfutée si Santé publique France ou l’INSERM démontraient une erreur dans l’attribution des surmortalités estivales aux canicules, ou si de nouvelles études, entre 2025 et 2030, ne trouvaient plus de surmortalité statistiquement significative lors des vagues de chaleur.

Rien de tel n’est en vue. Les méthodes d’attribution se sont affinées depuis 2003, et chaque été les confirme. Le réchauffement tue déjà en France. Le dire clairement est la première condition pour en réduire le bilan.