HORS-SÉRIE · RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE · ANALYSE NEXUS
Agir coûte 25 à 30 milliards par an. Ne rien faire coûte jusqu’à 15 points de PIB. Et le débat public compare toujours le premier chiffre à zéro.
Chaque fois qu’une mesure climatique est discutée, la même question revient : « combien ça coûte ? ». La réponse est connue, et elle est élevée. Mais la question n’est posée qu’à moitié. Personne ne demande combien coûte l’autre option — celle qui consiste à ne pas agir, ou à agir mollement. Comme si l’inaction était gratuite.
Nexus · 31/08/2026 · THÈSE-HS-2026-009 · 3 min de lecture
Le rapport hors-série Nexus se termine par une thèse consolidée qui renverse la question : une politique climatique cohérente — atténuation accélérée, adaptation différenciée, justice distributive, gouvernance de long terme, recherche et formation — coûte environ 25 à 30 milliards d’euros publics et 40 milliards privés par an, et présente un bilan coût-bénéfice favorable. Ce n’est pas un pari moral. C’est un calcul.
Ce que coûte l’inaction
Les chiffres viennent d’institutions peu suspectes d’activisme. La Banque de France et le FMI estiment l’impact d’un réchauffement sans action ambitieuse à -5 à -10 points de PIB cumulés d’ici 2050. Les assureurs chiffrent les sinistres climatiques actuels à 6-10 milliards d’euros par an, avec un doublement attendu à cet horizon. Le scénario pessimiste du hors-série — chocs cumulés, désindustrialisation, déficit d’adaptation — atteint -10 à -15 points de PIB en 2050. Ces pertes ne figurent dans aucune loi de finances. Elles n’en sont pas moins réelles.
Ce que rapporte l’action
En face, le rapport aligne les bénéfices : dommages évités, vies sauvées lors des canicules, 10 000 à 30 000 décès par an évités grâce à la baisse de la pollution de l’air, économies de santé de 10 à 30 milliards par an, souveraineté énergétique renforcée par le mix bas carbone, 200 000 à 500 000 emplois nets dans les métiers verts et verdissants à l’horizon 2035, et une position de leadership européen. Le scénario volontariste du rapport aboutit à environ 300 000 emplois nets ; le scénario tendanciel coûte 3 à 7 points de PIB de moins que lui.
Aucun de ces bénéfices n’est certain individuellement. Mais additionnés, ils excèdent le coût de l’investissement sur la durée — et c’est précisément ce qu’une évaluation coût-bénéfice honnête devrait montrer.
Pourquoi le débat compare mal
Parce que le coût est immédiat, budgétaire, visible, et que les bénéfices sont diffus, différés et répartis entre des ministères qui ne se parlent pas. Parce que le PIB perdu n’apparaît jamais comme une dépense. Et parce qu’en l’absence de loi de programmation, chaque année rouvre le débat à zéro.
Ce que ça change concrètement
Nexus propose que la loi de programmation climat 2027-2032 soit accompagnée d’une évaluation coût-bénéfice publique et actualisée chaque année, intégrant les dommages évités et les co-bénéfices sanitaires, réalisée par France Stratégie sous le contrôle du Haut Conseil pour le climat. Le calendrier proposé est explicite : loi votée en 2027, trajectoire -55 % atteinte en 2030, régime de croisière 2031-2037, neutralité 2050.
Et si on se trompait ?
La thèse serait réfutée si des évaluations indépendantes — Cour des comptes, France Stratégie, FMI, Banque de France — démontraient, entre 2027 et 2032, un ratio coût-bénéfice défavorable ou des bénéfices qui ne se matérialisent pas.
C’est le sens de toute la démarche Nexus : neuf thèses, chacune avec ses conditions de réfutation, publiées pour être discutées. Le hors-série ne dit pas que le débat est clos. Il dit qu’il doit enfin porter sur les bons chiffres.