HORS-SÉRIE · RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE · ANALYSE NEXUS
L’électricité française émet six fois moins que l’allemande. Et la France ne sait pas quoi faire de cet avantage.
Un industriel de la chimie hésite entre deux sites pour une nouvelle ligne de production : l’un en Rhénanie, l’autre en vallée du Rhône. Sur le papier, l’Allemagne offre un écosystème plus dense. Mais à partir de 2026, le mécanisme européen d’ajustement carbone aux frontières commence à faire payer le contenu carbone des importations, et ses clients demandent des bilans d’émissions. Le kilowattheure français pèse 50 à 70 grammes de CO2 ; l’allemand, autour de 400. Il choisit le Rhône. Ce type d’arbitrage devrait se multiplier. Il reste pourtant marginal dans la stratégie industrielle française.
Nexus · 19/08/2026 · THÈSE-HS-2026-007 · 3 min de lecture
Le rapport hors-série Nexus classe cette thèse parmi les consolidées : la France dispose, avec un mix électrique à environ 85 % bas carbone — nucléaire, hydraulique, renouvelables — d’un avantage structurel rare en Europe. La question n’est pas de savoir s’il existe. C’est de savoir si le pays le valorise.
Un atout hérité, pas encore exploité
Cet avantage est le produit de décisions prises il y a cinquante ans. Il vaut aujourd’hui triplement : pour la décarbonation de l’industrie, qui peut électrifier ses procédés avec un contenu carbone faible ; pour la compétitivité, à mesure que le prix du carbone se diffuse dans les échanges via le CBAM ; et pour le leadership européen, dans un continent où l’Allemagne a choisi la sortie du nucléaire et paie sa restructuration énergétique au prix fort.
La programmation pluriannuelle de l’énergie prolonge cette trajectoire : six réacteurs EPR2 engagés et huit en option, prolongation du parc existant, 18 à 20 gigawatts d’éolien en mer et 75 à 100 gigawatts de solaire à l’horizon 2035, 9 milliards d’euros engagés sur l’hydrogène. L’outil existe. La stratégie pour s’en servir est moins lisible.
Ce qui manque
Une politique industrielle qui fasse du contenu carbone de l’électricité un argument d’implantation explicite, au même titre que le coût du travail ou la fiscalité. Une capacité à garantir aux industriels des contrats d’électricité bas carbone de long terme, lisibles. Et une diplomatie européenne qui défende le CBAM comme un instrument de protection de cet avantage, plutôt que de le subir.
Ce que ça change concrètement
Nexus propose d’inscrire la valorisation du mix bas carbone dans la loi de programmation climat : objectif chiffré d’électrification industrielle, contrats de long terme pour les sites électro-intensifs qui se décarbonent, et intégration du contenu carbone dans les critères d’attribution de France 2030. L’avantage français n’est pas éternel : il dépend de la disponibilité du parc nucléaire et de la montée en charge des renouvelables. Il faut l’utiliser tant qu’il existe.
Et si on se trompait ?
La thèse serait réfutée si le parc nucléaire connaissait une dégradation accélérée — problèmes de disponibilité, de sûreté ou de coût du grand carénage —, si le déploiement des renouvelables ne compensait pas le vieillissement du parc, ou si le CBAM échouait à protéger la compétitivité européenne.
Ces trois risques sont réels et documentés dans le rapport. Ils ne contredisent pas la thèse ; ils en précisent la condition. Un avantage que l’on ne défend pas finit par disparaître.