HORS-SÉRIE · RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE · ANALYSE NEXUS
L’État planifie pour +4 °C. Les communes construisent encore pour le climat de 1990.
Une station de ski de moyenne montagne renouvelle son télésiège. Une commune littorale accorde un permis de construire à 80 mètres du trait de côte. Un syndicat d’eau dimensionne une retenue sur les débits des années 2000. Trois décisions ordinaires, prises cette année, pour des équipements qui dureront quarante ans. Trois décisions calées sur un climat qui n’existera plus.
Nexus · 29/07/2026 · THÈSE-HS-2026-004 · 3 min de lecture
Depuis mars 2024, la France dispose pourtant d’une référence officielle. Le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique, le PNACC 3, retient une trajectoire de réchauffement de référence — la TRACC — de +4 °C en 2100 pour la France métropolitaine, et de +2 °C dès 2030. C’est le premier vrai plan d’adaptation français. Le rapport hors-série Nexus en fait une hypothèse de travail centrale : toute infrastructure, toute politique sectorielle doit désormais être conçue pour ce climat-là.
Ce que +4 °C veut dire pour la France
Le chiffre est abstrait ; ses conséquences ne le sont pas. Sans adaptation, les rendements de blé pourraient reculer de 10 à 20 % d’ici 2050, alors qu’ils stagnent déjà depuis 2000. La géographie de la viticulture se déplace. Environ 20 % du littoral est en érosion. Les glaciers alpins ont perdu un quart de leur surface. L’été 2022 a brûlé quelque 72 000 hectares de forêt et battu les records de sécheresse. Les réseaux électriques sont sous tension lors des canicules, y compris pour le refroidissement des centrales. L’outre-mer cumule cyclones, montée des eaux, blanchiment des coraux et sécheresses.
Adapter, ce n’est pas renoncer à atténuer. C’est admettre qu’une partie du réchauffement est déjà acquise et que les choix d’aménagement doivent en tenir compte : recul stratégique sur certains littoraux, refonte des secteurs vulnérables (agriculture, tourisme, eau), infrastructures résilientes.
Le maillon faible : l’échelon local
Le PNACC 3 compte une cinquantaine de mesures structurantes. Mais l’adaptation se joue dans les plans climat-air-énergie territoriaux, obligatoires pour les intercommunalités de plus de 20 000 habitants. Environ 70 % sont publiés, avec une qualité très hétérogène. Beaucoup reprennent des objectifs d’atténuation sans jamais chiffrer l’exposition du territoire à +4 °C. Le Fonds vert, environ 2,5 milliards d’euros par an, finance des projets ; il ne garantit pas que les projets soient conçus pour le bon climat.
Ce que ça change concrètement
Nexus propose que la TRACC devienne une norme opposable : tout équipement public financé sur fonds publics, toute révision de document d’urbanisme, tout schéma d’infrastructure critique (énergie, eau, transports, télécoms, santé) devrait justifier sa compatibilité avec +4 °C en 2100. Ce n’est pas une contrainte de plus : c’est la fin d’un gaspillage, celui d’équipements construits pour être obsolètes.
Et si on se trompait ?
Cette thèse est classée « hypothèse de travail », pas « thèse consolidée ». Elle serait réfutée si les trajectoires mondiales parvenaient, grâce à une atténuation exceptionnelle, à se stabiliser à +1,5 ou +2 °C, ou si les études de Météo France et du CNRM révisaient la trajectoire française sous +3 °C.
Nexus le souhaiterait. Mais planifier sur ce que l’on espère plutôt que sur ce que l’on observe est exactement l’erreur que le PNACC 3 a fini par corriger. Il reste à ce que le pays le suive.