HORS-SÉRIE · RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE · ANALYSE NEXUS
Il manque 25 à 30 milliards d’euros publics par an pour tenir la trajectoire climat. Et le budget de l’État n’en parle pas.
Le débat budgétaire français a un rituel. Chaque automne, on discute de quelques centaines de millions ici, d’un milliard là, de la trajectoire du déficit. Et chaque automne, un chiffre reste hors du champ : le montant qu’il faudrait investir, chaque année, pour que la France tienne les engagements climatiques qu’elle a elle-même signés.
Nexus · 22/07/2026 · THÈSE-HS-2026-003 · 3 min de lecture
Ce chiffre existe. Le rapport Pisani-Ferry–Mahfouz remis en 2023 l’a établi : atteindre la trajectoire compatible avec -55 % d’émissions en 2030 et la neutralité carbone en 2050 exige environ 25 à 30 milliards d’euros par an d’investissements publics supplémentaires, et près de 70 milliards par an au total en incluant le privé. Le rapport hors-série Nexus retient cet ordre de grandeur comme thèse consolidée. Personne ne l’a sérieusement contesté. Personne ne l’a non plus inscrit dans une loi de finances.
D’où vient le chiffre
La Stratégie nationale bas carbone fixe des budgets carbone par période de cinq ans, sous le contrôle du Haut Conseil pour le climat. Le bilan est connu : la trajectoire 2030 reste atteignable, mais l’effort devra doubler après 2030. Or les investissements nécessaires — rénovation thermique des bâtiments, électrification des transports, décarbonation de l’industrie, réseaux, adaptation — ont des délais de plusieurs années. Ce qui n’est pas engagé aujourd’hui manquera en 2032.
Les dispositifs existants ne sont pas négligeables : France 2030 a engagé environ 25 milliards d’euros sur le climat (hydrogène, batteries, nucléaire, décarbonation industrielle, agriculture durable), et le Fonds vert consacre environ 2,5 milliards par an à la transition des collectivités. Mais ce sont des enveloppes, pas une trajectoire. La Cour des comptes estime que le seul Fonds vert devrait être porté à 5 ou 10 milliards par an.
Le coût de ne pas décider
L’écart entre le besoin et l’engagement n’est pas neutre. La Banque de France et le FMI chiffrent l’impact d’un réchauffement sans action ambitieuse à -5 à -10 points de PIB cumulés d’ici 2050. Les sinistres climatiques, déjà de 6 à 10 milliards d’euros par an, devraient doubler à cet horizon selon les assureurs. Investir 25 milliards par an n’est pas une dépense de plus : c’est une assurance contre des pertes qui, elles, ne seront pas budgétées.
Ce que ça change concrètement
Nexus propose une loi de programmation climat 2027-2032, sur le modèle des lois de programmation militaire, qui inscrive la trajectoire d’investissement sur cinq ans, hors du débat budgétaire annuel, avec un suivi par le Haut Conseil pour le climat et une évaluation indépendante. Le montant à programmer est connu. Ce qui manque, c’est l’instrument qui le rend contraignant.
Et si on se trompait ?
La thèse serait réfutée si des évaluations indépendantes — France Stratégie, Cour des comptes — ramenaient d’ici 2030 l’estimation à moins de 15 milliards d’euros publics par an, ou démontraient l’existence de gisements d’économies non identifiés permettant de tenir la trajectoire à coût constant.
Rien de tel n’a été publié. Le chiffre est là depuis 2023. Le débat qui manque n’est pas sur son exactitude, mais sur la décision de le financer.